La légende des deux dragons

Début de l'année 2011, la galerie Duqué & Pirson présente la seconde exposition de l’artiste belge Didier Bourguignon (né en 1962 à Oakland, Etats-Unis, vit et travaille en Belgique).

L’artiste présente de nouveaux tableaux qui mettent en œuvre une technique très particulière, consistant à réaliser des surfaces picturales au moyen de plâtre, de pigments, de paraffine et d’autres matériaux soigneusement combinés, affinés. Cette technique donne jour à des images évoquant des paysages aériens, des champs archéologiques, des univers allant du macroscopique au cosmique.

Ce qui frappe dans ces nouveaux travaux, c’est d’une part l’approfondissement du traitement des surfaces qui nous entraîne encore plus loin dans le cœur de l’image, et de l’autre l’accentuation de l’usage de la couleur qui investit tout le périmètre du tableau et qui évoque en sus du monde minéral les univers végétal et animal.

Le titre de cette nouvelle exposition témoigne d’ailleurs de ces intimes transitions qui s’opèrent dans le travail et de façon plus générale de sa philosophie, du rythme qui l’anime.

Ce titre évoque un conte traditionnel japonais qui nous parle du travail nécessairement patient de l’art, à l’instar de la lente évolution qui anime secrètement le monde naturel.

Ce conte -le Conte des deux dragons- relate qu’un jour, un seigneur passa commande à un peintre de grand âge de deux peintures de dragon.

Celui-ci accepta, mais les mois s’écoulèrent sans que l’artiste ne donne aucune nouvelle, si bien qu’un jour, le seigneur dépêcha un messager auprès de lui afin de s’enquérir de ce qui se passait. Le messager trouva le peintre dans son atelier, une grotte ménagée dans le flanc de la montagne sur les parois desquelles étaient représentés de nombreux et magnifiques dragons. Il lui demanda si sa commande était prête, et le peintre répondit par l’affirmative et annonça qu’il se présenterait la semaine suivante à l’entrée du palais pour honorer sa commande. Le jour venu, le peintre vint auprès du prince muni de son seul matériel, demanda à se voir désigner une paroi et traça sur celle-ci deux simples traits d’un coup mesuré de pinceau, un jaune pour le premier dragon, un bleu pour le second…
Les images que réalisent Didier Bourguignon s’inspirent de l’esprit qui se dégage d’un tel conte. C’est un travail qui traite de la contemplation du monde et de l’acte qui consiste ensuite à le représenter en tâchant de s’accorder à son harmonie. Ce, par quelques gestes précis et simples témoignant de vitalité, de spontanéité.